Histoire de la capoeira
Une des plus grandes polémiques entourant la capoeira concerne son origine.
Aujourd'hui, la plupart de ceux qui étudient la question s'accordent sur l'hypothèse que la capoeira serait une adaptation de danses africaines, comme la Danse du Zèbre et la Danse du N'golo, faite par les esclaves, noirs bantous en provenance d'Angola, au Brésil.
On sait que le noir a toujours rêvé de liberté, et que pour l'obtenir il n'a épargné ni efforts ni batailles. C'est dans ce contexte que s'insère la capoeira, comme recherche de la liberté de la part d'une race réduit en esclavage et maltraitée par le colon blanc. La capoeira était une tentative du noir de préserver sa culture et ses racines en face d'un système oppressif. Elle naît de l'espoir et du désir de libération, sous la forme d'une lutte déguisée en danse.
Dans les senzalas (espaces de vie des esclaves au sein des plantations) les esclaves pratiquaient la capoeira à leurs moments de loisir, et pour que les colons ne soupçonnent pas que celle-ci était en fait un combat, ils allièrent aux coups la ginga et la musique.
Lors des fuites vers les quilombos (véritables villes libres qui regroupaient esclaves fugitifs et toute personne qui récusait l'ordre colonial) la capoeira fut très utile en combat contre les capitães-do-mato (capitaines de brousse, terme désignant les chefs de bandes de brigands) et les contremaîtres. Les noirs restaient dissimulés dans la brousse, et quand les capitaines arrivaient ils attendaint le moment opportun pour les attaquer.
Le lieu où la capoeira était pratiquée était une espèce de brousse rase, appelée capoeira. D'où son nom. Le terme est indigène, il provient de "caá"-brousse et "puera"-qui a été une brousse.
Le XIXe siècle a été une époque déterminante pour la capoeira. Au début du siècle, l'indépendance du Brésil en 1822 et l'Empire ont été l'occasion d'une reconnaissance importante de la capoeira, les gardes du corps de l'Empereur D. Pedro Ier étant tous des capoeiristes.
Au milieu du siècle éclata la guerre entre la triple alliance Brésil-Argentine-Uruguay et le Paraguay (1865-1870) , qui finit par la défaite et quasi-destruction de ce dernier, après la guerre la plus cruelle et la plus sanguinaire du siècle. Les batailles des troupes brésiliennes dans le Paraná impliquèrent de nombreux capoeiristes, et ce fait continu à être évoqué dans les chansons de la capoeira.
La fin de siècle vit l'abolition de l'esclavage par D. Isabel en 1888. A cette occasion la majeure partie des archives sur l'esclavage finit par être brûlée, ce qui explique la pauvreté des informations sur les débuts de la capoeira.
Avec la fin de l'esclavage beaucoup de noirs se retrouvèrent à la rue sans emploi, maison et alimentation. Comme ils n'avaient pas d'autres moyens pour subsister, ils commencèrent à piller et voler, en utilisant la capoeira comme instrument. Avec cela commença le processus de dégradation de la capoeira, par lequel les capoeiristes passèrent à être vus comme des vagabonds et des délinquents.
En 1890, la capoeira fut interdite par la loi, sous peine de prison de 2 à 6 mois, et le resta jusqu'à 1937
Code pénal de la République des États-Unis du Brésil, décret 847 du 11 octobre 1890, chapitre 13: Vagabonds et capoeiras
Article 402: Pratiquer dans les rues et les places publiques des exercices d'agilité ou de dextérité corporelle connus sous le nom de capoeiragem, participer à des courses avec des armes et instruments susceptibles de produire des lésions corporelles, causer tumulte ou désordre,[...]; peine de prison de 2 à 6 mois.
Paragraphe unique: il est considéré comme circonstance aggravante le fait du capoeira appartenir à une bande ou groupe. Aux chefs ou leaders sera imposé une peine doublée.
Les trois premières décennies du XXe siècle furent marquées par des conflits constants entre la police et les capoeiristes qui utilisaient des armes comme couteaux ou machettes, et profitaient des foires et des spectacles pour voler, piller, se bagarrer et mettre le désordre.
Les foyers des capoeiras étaient dans les états du Pernambouc, Bahia et Rio de Janeiro. Dans ce dernier la grande préoccupation du gouvernement était l'extermination totale des capoeiristes.
La capoeira était pratiquée dans la rue. Les capoeiristes avaient l'habitude de se réunir les dimanches, jours fériés et après le travail. A l'époque il n'existait ni académies ni lieux clos pour la pratique.
Au long des années 30 et 40 certaines pratiques culturelles noires comme le samba, le candomblé et la capoeira, jusqu'alors assez persécutées, furent, petit-à-petit, "désafricanisées" et transformées en icones de la brasilianité.
Un pas important pour la légalisation de la capoeira, où elle passe à être reconnue comme sport national, fut la création de la Capoeira Regional par Mestre Bimba (Manoel dos Reis Machado).
Bimba introduisit dans la capoeira de Angola des coups provenant d'autres luttes comme le jiu-jitsu, le judo, la savate, la lutte gréco-romaine, la boxe, et il créa une méthodologie d'enseignement.
Mais si d'une part il y avait Mestre Bimba dans le processus de légitimisation de la capoeira, d'autre part il y avait Mestre Pastinha (Vicente Ferreira Pastinha) qui réagit à ce "métissage" et chercha à affirmer la pureté de la capoeira, en diffusant le style Angola, en cherchant à marquer clairement la différence avec le style Regional.
En 1937 la capoeira est autorisée par la loi, et par la suite ne s'arrête plus de croître.
Aujourd'hui la capoeira a conquis des gens de tous âges, classes sociales, nationalités, et se répand à travers le monde.

